1 janvier 2019

« Écrire libère ».

J’ai décidé d’écrire. Et en posant ces mots je me questionne. Pourquoi ? La réponse est évidente et difficile. J’ai peur. Il ne s’agit pas d’une libération poétique inspirée par la beauté et l’incroyable richesse de ce monde. Non, la force motrice de mon action est la peur.

La peur de l’oubli. D’être oublié, car inadéquat, et de ne pas être aimé. Le lot de tous devient le fardeau d’un seul. Je ne prétend pas à une plus grande souffrance ou à un carcan inhumain n’accablant que ma personne mais ce poids qui pèse sur mes épaules métaphoriques est à moi et à moi seul. Je n’ai pas beaucoup d’amis mais ils sont tous fantastiques et le mot « amis » est pour moi quelque chose de précieux, il ne s’agit pas d’un terme « fourre tout » que j’accroche sur n’importe qui. J’aime mes amis.

Et ce n’est pas si simple de comprendre ce que cela veut dire.

Il y a longtemps j’utilisais ce « je t’aime » avec une nonchalance transactionnelle terrifiante : il s’agissait de s’approprier l’autre dans son essence même en utilisant ces mots puissants, créateurs d’une forme de contrat social, qui ironiquement perdaient leur sens lorsque noyés dans un usage quasi quotidien et dénudés de ce qui les rends si forts, si touchants ; leur exclusivité.

Puis j’ai rencontré that special someone qui donne soudainement un sens réel et concret à ces mots ; je cessais des les utiliser. D’une façon étonnamment abrupte je cessais « d’aimer » mes camarades et les personnes avec qui je trainais. Je n’utilisais plus ces mots avec nonchalance et ils gagnaient rapidement en poids. Ils réclamaient, ces mots si simple, la gravité qui leur était due.  Petit à petit, too slowly avec du recul, je commençais à comprendre que quelque chose avait changé à jamais en moi. Et avec toute la force ironique et pourtant tellement essentiellement logique dont le « destin » est capable ; plus jamais je n’utiliserais ces mots avec légèreté.

J’ai appris ce qu’aimer voulait dire.

Et alors que je goûte à cette ambroisie et me laisse enivrer par ce doux nectar, la main de fer gantée de velours du destin vient prendre son dû bien trop tôt, bien trop abruptement.

To be gone. La douceur et la pudeur d’une métaphore très belle pour dire tout simplement que quelqu’un nous a quitté. Que cette personne n’est plus là. Que l’on ne pourra plus jamais lui parler, l’entendre rire, la serrer dans ses bras.

J’ai compris ce qu’aimer voulait dire.

Avec toute la théâtralité d’un dramaturge grec j’entrepris alors un long processus de destruction de moi-même. Je pense avoir trouvé les mots justes en parlant avec un ami ; la personne que j’étais est morte ce jour là, avec elle.

Si j’avais un stylo en main je ne pourrais probablement pas écrire ces lignes. La peur. N’est-il pas ironique d’avoir peur des fantômes du passé ? Mais alors pourquoi écrire ? Pour ne plus avoir peur ? Non. Je suis terrifié. J’ai peur d’être seul. Peur de ne pas être compris. Peur d’être inapproprié ou inadapté. Peur de ne pas être aimé.

Un jour j’ai découvert « Invictus ». Poème qui accompagna Nelson Mandela durant les années sombres de sa vie et qui lui donna le courage et la force d’aller de l’avant. Un poème écrit par William Ernest Henley et qui est le tout premier article de ce « journal ». Le poème était précédé d’une citation de Mandela, merveilleuse ;

« I learned that courage was not the absence of fear, but the triumph over it. The brave man is not he who does not feel afraid, but he who conquers that fear.« 

Je ne pense pas qu’il me serait capable d’exprimer plus simplement la chose. Écrire ne me libérera pas. Moi seul possède ce pouvoir, ce vertige, envers mon passé. Peut-être n’en serais-je jamais libre et cette cicatrice restera ouverte à jamais. Tout ce que je peux demander et espérer de mes amis (pour qui ces lignes résonneront sans doute) c’est de l’indulgence envers ce trait maintenant caractéristique de ma personne ; ce mutisme sentimental. Il y a des mots que je n’arrive plus à prononcer. Ou difficilement, rarement. Leur poids est trop grand. Le sens qu’ils véhiculent trop profond. Et je dois dire qu’ils ont été indulgents. Et ce même sans savoir ce qu’il cachait jusqu’à récemment.

Qu’attendre de moi-même alors ? De faire preuve de courage. Pour moi mais aussi pour les autres.

« Alors que nous nous libérons de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »

« Our Deepest Fear » par Marianne Williamson

C’est pour cela que j’ai décidé que j’allais écrire. Non pas parce que ma souffrance est plus grande que celle des autres ou que ce que j’ai à dire possède une quelconque valeur supérieure mais parce que la puissance libératrice de l’écriture viens, je pense, de sa puissance à inspirer tant ceux qui écrivent que ceux qui lisent.

Voici le message que j’aimerais transmettre en ce premier jour symbolique de la nouvelle année ; soyez inspirants.

Libérez-vous pour libérer les autres. Cela est, je pense, une des plus belles aspirations.

 

 

 

-You’ve met me at a very strange time in my life.

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