L’inquiétante normalité

Les désirs insatisfaits sont les forces motrices des fantaisies, et chaque fantaisie particulière est l’accomplissement d’un désir, un correctif de la réalité non satisfaisante.

-Sigmund Freud

Nous définissons ce que sort du cadre du « normal » comme étant dérangeant et/ou étrange. Personne ne défie au quotidien ce que nous définissons comme « la normalité » à tel point qu’il semble bête ou inapproprié d’en venir à remettre en question cet acquis qu’est la « norme », le quotidien.

Nous aimons le confort du quotidien et de la réconfortante répétition qui l’accompagne. Non pas que cela soit notre nature profonde mais tout simplement parce que cela nous apporte un sentiment de sécurité et de bien être. Tout semble être en place et tout se déroule « selon le plan ». Introduisez un imprévu, entrouvrez la porte à l’anarchie, et c’est toute la structure de ce rassurant quotidien qui menace de se briser, révélant les fissures de cette tour d’ivoire qui parait impénétrable.

Le problème majeur étant que la plupart des individus ne possèdent pas de « plan B ». Le plan B par défaut auquel l’individu se soumet consiste à s’abandonner au chaos qui résulte de l’absence de la « norme ». Une fois que la routine disparait l’individu se retrouve démuni et ne sait plus comment il doit agir; il se réfère alors à ce qui est la « normalité » pour tenter d’établir un « plan B » plutôt que de faire confiance à ses entrailles, son instinct.

Nous taisons nos instincts en faveur de règles établies par la « norme ». Nos agissements se doivent d’être calqués sur le modèle prédéfinis par la société autour de nous sans quoi nous devenons une anomalie dans le quotidien des autres qui eux appliquent et vivent « la norme ».

Nous devenons des automates et nous nous condamnons à répéter inlassablement chaque jours, heures, minutes la même routine normalisée.

La vérité est que nous avons peur de nos instincts. Nous avons besoin de « garder le contrôle » et tout ce qui s’apparente à un lâcher prise donne le vertige; nous avons tous peur de chuter. La normalité rassurante du quotidien nous apporte le réconfort dont nous avons besoin : tout est réglé comme du papier à musique et nous avons le contrôle de ce que nous faisons. Le choix de brider volontairement notre liberté d’action et de pensée se recoupe avec notre peur d’être face à l’inconnu. Nous voulons un plancher solide sur lequel avancer et somme rebutés à l’idée de progresser sur un sol inégal duquel nous pourrions chuter à tout moment au moindre faux-pas.

Cette normalité dans laquelle il fait bon vivre devient alors maladive; une maladie nécessaire et volontaire de l’individu.

En guise de conclusion je vais citer un texte de Marianne Williamson qui fut repris dans le film « Coatch Carter » ainsi que par Nelson Mandela et dont la portée est exceptionnelle.  (Les passages entre parenthèses ont une portée religieuse et ne sont pas dans le texte utilisé dans le script du film, ils n’aident pas à une meilleure compréhension du texte mais je les laisse par soucis d’honnêteté intellectuelle.)


Notre peur la plus profonde
n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur,

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toutes limites.

C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question…
Qui suis-je, moi, pour être brillant,
radieux, talentueux et merveilleux ?

(En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?
Vous êtes un enfant de Dieu.)

Vous restreindre, vivre petit,
ne rend pas service au monde.

L’illumination n’est pas de vous rétrécir
pour éviter d’insécuriser les autres.

Nous sommes tous appelés à briller, comme les enfants le font.

(Nous sommes nés pour rendre manifeste
la gloire de Dieu qui est en nous.)

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus,
elle est en chacun de nous,

Et, au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière,
nous donnons inconsciemment aux autres
la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur,
notre puissance libère automatiquement les autres.

Marianne Williamson

« A Return to Love : Reflections on the Principles of A Course in Miracles »

Edition de 1992, Harper Collins

Cité dans le discours prononcé par Nelson Mandela lors de son intronisation à la présidence de la République de l’Afrique du Sud, 1994

Illustration de Dimitri Otis

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