Le début de la fin : naissance, sens, silence

J’ai pensé cet article comme « le premier » et j’avais décidé de parler de commencement, de premières fois… Les premières fois sont merveilleuses et terribles, elles marquent, s’impriment et laissent des traces. En fait, elles représentent une première forme de limite. Partant de cette observation, j’ai réfléchi quelques temps. Je me suis dit que, finalement, ce billet ne parlerait pas que des premières fois, mais de toutes sortes de limites. Et pour rendre cela plus intéressant, je m’en suis imposée une : ne pas revenir en arrière sur ce que j’ai écrit, sauf pour corriger les fautes de frappe et les erreurs de langage.

 

On ne peut définir un concept que par ses limites. La vie est bornée par la naissance et la mort. Tout ce qui se trouve entre les deux est, par définition, « vivant ». De la même manière qu’une pomme rouge n’est que rouge, et pas de n’importe-quelle autre couleur. C’est en cela que l’on peut la reconnaître, la conceptualiser, lui associer une forme, une couleur, et se transmettre l’idée d’une pomme rouge entre nous. Donc, nous définissons les objets qui nous entourent par rapport aux limites que nous leur connaissons. Limites qui sont définies par nos propres sens, puisque ceux-ci nous dictent une vérité et nous permettent d’apprécier le monde selon ce prisme.

Trois dimensions, une variation et une combinaison de trois cônes récepteurs pour le spectre des couleurs, une estimation de profondeur… L’œil est un bien bel outil. Mais que verrions-nous si nous avions la capacité de voir en quatre dimensions ? Ou si nous ne pouvions pas percevoir les rouges ? Impossible à dire, puisque notre cerveau n’est pas conçu pour capter ces signaux. Mais nous avons cependant la capacité de penser qu’il existe quelque-chose au-delà de nos perceptions. L’homme pense à partir, et en dehors de ses propres limites. C’est ce qui lui permet d’avancer, de créer. C’est là notre force.

 

Mais c’est aussi un piège, dans lequel je tombe régulièrement. Car toute idée sans limite est vide de sens. L’infini n’a pas de but. La colère n’a pas d’existence. Poser des limites, c’est répondre aux questions. Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Lorsqu’il s’agit de créer quelque-chose de neuf, il est essentiel de répondre à ces questions. Un nom, une forme, une expression… Toute création, toute chose répond à un besoin. Le semple fait de créer est une réponse en soi. Et penser un monde vide de sens est terriblement déprimant. Mais je ne parle que pour moi, ici.

Afin de donner vie à ces créations, afin de leur donner du sens, un objectif, une utilité, il faut répondre à des questions. Même si, dans une démarche artistique par exemple, l’on n’est pas toujours capable de dire comment nous avons répondu à celles-ci. Inconsciemment, le processus de création permet d’exprimer la réponse à des questionnements qui bouillonnent dans le subconscient. La création, de mon point de vue, est la formalisation concrète des pensées intangibles que nous produisons ; une réponse formée dans les limites réelles de notre existence.

Créer à partir de ce qui existe déjà, est-ce réellement créer quelque-chose de nouveau ?

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

Lavoisier partagerait peut-être mes vues. Les limites d’hier sont repoussées, changent, mais jamais ne disparaissent. Nous apprenons à utiliser différemment la glaise qui compose notre univers, mais nous sommes toujours coincés. Nous-mêmes limités par les barreaux d’os qui constituent à la fois notre enveloppe, notre cage et notre complexité dans cette vie. Et, qui, tout en nous limitant, nous permettent d’exister, penser et repousser nos limites. Mais jamais de briser nos limites, sinon en cessant d’exister.

Alors, oui. De mon point de vue, l’homme ne peut se dépasser, se transcender et accéder à des fonctions supérieures, des espaces post-humains qui seraient une sorte d’avenir, d’espoir —  Réaliste, nihiliste, pessimiste ? D’autres pensent qu’au contraire, c’est ce qui nous attend derrière « l’ultime limite » qu’est la mort — Optimistes, naïfs, spiritualistes ?

 

Mais, comme l’horizon, qui change en fonction du point de vue, la mort peut-elle être dépassée ? Il faudrait déjà y être, pour le savoir. Peut-être qu’il y a un sens à la vie, après tout. Peut-être que ce blog en aura un aussi, à la fin.

Illustration de Troublesprit

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